Durant la puberté, le corps change et votre enfant a du mal à comprendre sa nouvelle silhouette. Voici quelques conseils pour le calmer, équilibrer son alimentation et voir si les kilos en trop sont sur son corps ou dans sa tête.

Imaginez : en plein été, 30 degrés au compteur, et pourtant votre ado s’emmitoufle dans ses vêtements d’hiver. Impossible de le convaincre de venir à la plage ou même d’enfiler un maillot. Il fuit le miroir, il fuit le regard des autres. À 14 ans, l’image de soi est un terrain miné. Parfois, il y a bien quelques kilos superflus. Souvent, c’est la perception qui déraille, même chez ceux dont la silhouette est parfaitement dans la norme. L’adolescence, après l’enfance, reste la période où le corps se transforme le plus vite. Difficile de garder ses repères quand on prend entre 8 et 15 centimètres en un an, alors que son poids n’a rien à voir avec celui d’il y a cinq ans. Et puis, comment ne pas vaciller face aux modèles retouchés qui envahissent les réseaux et les magazines ? Les adolescentes, en particulier, sont nombreuses à rêver d’un physique impossible, tandis que certaines stars vendent l’image du « body positive » tout en ne s’accordant que des carottes râpées en coulisses. Résultat : près de 80% des filles de plus de 12 ans se disent « trop grosses », alors qu’à peine 10% connaissent réellement l’obésité ou un surpoids médicalement constaté.
Méfiez-vous des régimes improvisés
Près d’un tiers des adolescentes se sont déjà lancées dans un régime « sauvage » : sans conseil, sans suivi, souvent bien trop restrictif. Réduire un peu les sucreries ou les aliments très gras sur quelques semaines, pourquoi pas, si ça aide à se sentir plus à l’aise à la piscine. Mais quand le contrôle vire à l’obsession, le terrain devient glissant. Les repas sautés, les quantités réduites à l’extrême, tout cela favorise l’effet yo-yo : le poids perdu revient, parfois même en bonus, dès que l’on relâche la discipline. Et puis, il y a pire : à force de restrictions, certaines adolescentes s’engouffrent dans des troubles alimentaires majeurs comme l’anorexie ou la boulimie. Si votre fille panique à l’idée de ses nouvelles courbes, rassurez-la : la puberté chamboule tout, c’est normal d’avoir des formes plus féminines, de voir les hanches et la poitrine se modifier. Pour les garçons, c’est le haut du corps qui se dessine différemment. Si le surpoids est avéré, il ne s’agit pas de bricoler un régime maison, mais de consulter un nutritionniste, c’est le seul capable de proposer un accompagnement adapté.
Prévenir la prise de poids
Le plus simple reste d’adopter des habitudes qui évitent, tout simplement, de prendre du poids inutilement. Grignoter à toute heure ? Autant couper court à cette habitude. Si votre ado rentre affamé du collège, préparez-lui une vraie collation : un fruit, un laitage, un peu de pain. Le petit déjeuner, ce n’est pas qu’un conseil rabâché : le zapper, c’est prendre le risque de craquer sur des chips ou du chocolat en milieu de matinée, sans parler du coup de mou qui s’ensuit. Pour limiter les excès, quelques gestes simples valent mieux qu’un régime : prendre le temps de manger à table, mâcher correctement, éviter de sauter un repas pour dévorer le double au dîner. Et, bien sûr, l’activité physique fait toute la différence. Rester assis toute la journée, c’est la voie royale vers les kilos superflus. Quand l’appel du fast-food est trop fort, discutez-en avec votre enfant : un sandwich au poulet, une petite salade ou un burger simple pèsent bien moins lourd qu’un menu triple XXL. Glissez-lui un fruit dans son sac, bien plus malin qu’une glace ou un milk-shake. Il existe aussi des aliments peu caloriques, à privilégier sans arrière-pensées : poissons, volailles, yaourts nature, fruits, légumes, et même le pain, accusé à tort de faire grossir dès qu’on en abuse, alors qu’il reste un allié de l’équilibre alimentaire. Retenons-le : l’alimentation, comme la puberté, n’a rien de simple ou de linéaire.
Questions au Dr Arnaud Cocaul, nutritionniste, co-auteur du livre Kilos Teenager, Marabout Editions, 5,90€
80% des adolescentes se trouvent trop grosses : fantasme ou réalité ?
La puberté, c’est une période de bouleversements physiques profonds, parfois vécus comme une tempête. Les adolescents rêvent tous d’un corps idéal, formaté par les images qui circulent partout. Mais un jour, l’hérédité les rattrape, et ils découvrent que leur morphologie ne colle pas à leurs aspirations. Pourtant, seules 10 à 12% des adolescentes font face à un problème de poids réel. Ce sentiment d’insatisfaction touche surtout les filles. Les garçons, eux, misent plus sur leur musculature et se sentent capables de la travailler grâce au sport.
Quels dangers présentent les régimes improvisés ?
L’effet yo-yo, d’abord : plus le régime est rude, plus la reprise de poids est marquée quand il s’arrête. J’ai également vu des jeunes basculer vers l’anorexie, parfois encouragés par des blogs pro-anorexie. Il ne faut jamais parler de régime à un enfant. Pour la grande majorité de ceux qui viennent consulter, je ne recommande aucune restriction, il s’agit d’apprendre à manger autrement, pas de se priver.
Quelles sont les attentes vis-à-vis des parents quand leur enfant prend du poids ?
Les parents restent la référence, le pilier auquel ces jeunes adultes en devenir s’accrochent. Il faut poser un cadre, montrer l’exemple. Je demande toujours la présence des parents en consultation car, quand un ado prend du poids, c’est souvent toute la dynamique familiale autour de la nourriture qui mérite d’être repensée. Ce n’est pas l’ado qui fait les courses, ni qui décide des menus. Il arrive que les parents servent des légumes verts à leur enfant tout en se réservant des pâtes ou leur plat favori, sous ses yeux. Difficile de ne pas se sentir mis à l’écart dans ces conditions. Je conseille aussi de privilégier les repas en famille, de limiter la télévision pendant les repas, ou encore d’utiliser des assiettes plus petites, parfois, ce sont ces petits ajustements qui font la différence.
L’école a-t-elle un rôle à jouer en matière d’éducation alimentaire ?
L’école appuie, mais ne remplace pas l’éducation donnée à la maison. Des ateliers cuisine, des visites de marchés, des découvertes en supermarché, tout cela pourrait aider les élèves à mieux comprendre ce qu’ils mangent. Il y a encore du chemin à parcourir, mais des initiatives émergent et devraient s’intensifier dans les prochaines années.
Calculer l’IMC
L’indice de masse corporelle sert à évaluer la corpulence d’une personne, mais ce n’est qu’une indication : il faut aussi tenir compte de l’âge, de la répartition de la masse grasse ou du tour de taille.
La formule : IMC = poids en kilos / (taille en mètres)².
Par exemple, pour un jeune de 55 kg mesurant 1,62 m : 55 / 1,62² = 21.
En s’appuyant sur les repères de l’INSERM ci-dessous, on constate qu’une adolescente de 14 ans sera considérée comme légèrement au-dessus de la moyenne, mais parfaitement dans la norme à 16 ans.
Pour rappel, voici les valeurs de référence selon l’âge :
- Filles : 12 ans (17-18), 14 ans (19-20), 16 ans (20-21), 18 ans (20-21)
- Garçons : 12 ans (17), 14 ans (18-20), 16 ans (20), 18 ans (21)
Le sommeil, allié ou ennemi du poids ?
Le corps brûle moins de calories pendant la nuit, mais le manque de sommeil bouleverse tout. Selon des recherches, dormir seulement 4 heures par nuit augmente de 73% le risque de devenir obèse, comparé à ceux qui dorment entre 7 et 9 heures. Une bonne nuit de sommeil, associée à l’activité physique, stimule même la production d’une hormone qui facilite la combustion des graisses. Pour garder la ligne, le sommeil n’est pas négociable.
Articles de Cécile Mortreuil

