Changer de cap après un diplôme d’État d’infirmier n’a rien d’une exception confidentielle. Les portes s’ouvrent, parfois timidement, parfois en grand, vers d’autres métiers du soin. Parmi ces chemins, celui qui mène à la profession de sage-femme attire un nombre croissant de candidates et candidats. Aujourd’hui, la passerelle qui permet de rejoindre cette filière se dessine avec plus de clarté qu’il y a quelques années, et le parcours n’a plus rien d’un saut dans l’inconnu.
Le cadre réglementaire du dispositif passerelle vers les études de sage-femme
La création d’une voie d’accès directe vers les études médicales, maïeutiques, dentaires ou pharmaceutiques remonte au décret du 24 mars 2017. Ce texte a modifié la donne pour les professionnels déjà diplômés, rendant possible une entrée en deuxième ou troisième année, sous conditions. L’objectif affiché : diversifier les profils, permettre des reconversions réfléchies et offrir une seconde chance à ceux dont le premier choix de carrière ne correspondait pas.
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Le cadre d’éligibilité a évolué avec le temps. Au départ, il fallait justifier au moins deux ans d’exercice comme infirmier diplômé d’État pour se présenter. Depuis 2019, cette condition a disparu, élargissant l’accès à la passerelle à davantage de professionnels. Désormais, chaque université peut déterminer le nombre de places qu’elle propose, sans que la condition d’expérience ne soit un obstacle.
Le décret du 13 décembre 2019 a précisé ce fonctionnement : toute université dotée d’une UFR santé peut organiser la sélection, et la pratique professionnelle de deux ans n’est plus exigée des infirmiers diplômés d’État candidats à la passerelle. Ce dispositif s’inscrit dans une volonté de fluidifier les parcours et de valoriser les expériences antérieures.
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Passer de la blouse d’infirmière à celle de sage-femme : comment candidater ?
L’accès à la passerelle s’articule autour de deux étapes majeures : une sélection sur dossier, suivie d’un entretien oral pour les candidats retenus.
La sélection sur dossier
Chaque année, avant le 15 mars (date à vérifier selon les textes en vigueur), les candidats doivent déposer un dossier auprès d’une unité de formation. Les écoles habilitées figurent sur le site de l’Ordre des sages-femmes. Pour constituer leur dossier, les candidats doivent rassembler les pièces suivantes :
- Une photocopie de la pièce d’identité
- Un CV détaillé depuis l’obtention du baccalauréat
- Une copie du diplôme d’État
- Une lettre de motivation explicitant la démarche de réorientation
- Une attestation sur l’honneur précisant le nombre de candidatures déjà soumises (deux tentatives maximum)
Les modalités précises sont décrites dans les décrets ou sur le site des centres de formation concernés. Après examen, chaque jury sélectionne généralement un nombre de candidats équivalent au double des places ouvertes à l’oral.
Qui siège au jury ?
L’article 5 du décret du 24 mars 2017 détaille la composition du jury chargé d’évaluer les dossiers pour une admission directe en deuxième ou troisième année d’études médicales, dentaires, pharmaceutiques ou de sage-femme. Il rassemble :
- Le directeur d’une UFR de médecine
- Un responsable d’UFR d’odontologie
- Le directeur d’une UFR de pharmacie
- Un directeur d’une structure de formation en maïeutique
- Six membres du personnel enseignant-hospitalier issus des filières médecine, odontologie et pharmacie (deux par discipline)
- Deux sages-femmes enseignantes
L’entretien oral : l’autre étape décisive
Les candidats retenus sont conviés à un entretien devant le jury. Plusieurs critères guident l’évaluation :
- La motivation et le potentiel pour suivre un cursus long et exigeant : connaissance du métier, des études, et conscience de l’engagement requis.
- La capacité à organiser son projet : articulation entre contraintes personnelles, logistiques et financières.
- La cohérence du parcours : liens entre expériences professionnelles et projet de devenir sage-femme.
- Les aptitudes à communiquer, à l’écrit comme à l’oral
- L’apport personnel au métier et les qualités humaines repérées au fil de l’échange.
À l’issue de ce processus, le jury oriente les candidats vers la deuxième ou la troisième année d’école de sages-femmes, selon le dossier, l’expérience et les places disponibles. Un arrêté annuel fixe le nombre de places attribuées à chaque filière et établissement.
À titre d’exemple, lors de la rentrée 2020 à l’université de Bordeaux, 8 places étaient ouvertes. Trente-trois candidats se sont présentés, toutes professions confondues : 5 ont été admis en deuxième année, 3 en troisième année. Ces chiffres, régulièrement publiés sur le site de l’université, témoignent de la sélectivité mais aussi du réel dynamisme du dispositif.
Financer ses études de sage-femme après une carrière d’infirmière : quelles solutions ?
Les écoles de sages-femmes sont agréées et financées par les conseils régionaux, qui fixent les conditions de gratuité ou non pour les étudiantes et étudiants. Les infirmiers et infirmières qui choisissent la passerelle doivent en général s’acquitter de frais de scolarité qui peuvent approcher les 9500 € par an. Des solutions existent pour alléger ce coût :
- Le Compte Personnel de Formation (CPF) : pour les salariés ayant acquis suffisamment de droits, le financement d’une partie de la formation peut être envisagé dans le cadre d’un projet de transition professionnelle. Plus d’informations sont disponibles sur la page du ministère du Travail, de l’Emploi et de l’Intégration.
- Pôle Emploi : un accompagnement financier peut être accordé sous conditions pendant le temps de la formation.
Étudier la maïeutique en Belgique après une carrière infirmière
La Belgique compte neuf établissements universitaires francophones proposant des études de sage-femme, d’une durée de 4 ans. Le diplôme d’infirmière obtenu en France est reconnu à l’échelle européenne, ce qui permet une inscription dans ces écoles, sous réserve de démarches spécifiques.
Avant d’envisager une admission, il faut demander l’équivalence du baccalauréat, une procédure souvent longue mais incontournable. Une fois cette étape franchie, le dossier de candidature doit être adressé à l’université choisie, avec une lettre de motivation solide. Les places en deuxième année restent rares, et la sélection ne tombe qu’en septembre, après la clôture des inscriptions.
Reconversion en Suisse : l’école de sages-femmes de Lausanne
La Haute École de Santé Vaud (HESAV) à Lausanne propose un cursus de sage-femme en deux ans, accessible aux infirmières titulaires d’un diplôme reconnu ou équivalent. Les informations détaillées sont disponibles sur le site de l’école. Il est impératif d’obtenir l’équivalence du diplôme d’État français auprès de la Croix-Rouge suisse, qui vérifie la conformité des titres étrangers.
Les candidats doivent remplir les conditions d’admission et réussir les épreuves de sélection, organisées une fois par an. L’accès reste sélectif, mais pour celles et ceux qui souhaitent changer de trajectoire sans attendre, la Suisse représente une alternative à considérer.
Changer de voie, ce n’est pas tourner le dos à son métier d’origine. C’est parfois porter la blouse différemment, avec la même rigueur, la même passion, et une perspective renouvelée sur le soin. Pour les infirmières qui envisagent de devenir sages-femmes, les passerelles existent, et chaque année, de nouveaux récits s’écrivent entre deux rives du soin.

