35 UI/L. Voilà un chiffre qui, il y a dix ans, passait pour banal sur un compte-rendu d’analyses sanguines. Aujourd’hui, il agite les médecins, sème le doute chez les patients et pousse les laboratoires à revoir leurs copies. Les seuils d’alerte des transaminases SGPT (ALAT) ont évolué au fil des recommandations internationales, sans jamais faire consensus. Une élévation modérée, auparavant jugée anodine, se retrouve désormais associée à des pathologies silencieuses ou à risque chronique.
Certains laboratoires modifient déjà leurs valeurs de référence en prenant en compte le sexe, l’âge ou la corpulence du patient, là où d’autres s’en tiennent encore à des bornes plus larges et indifférenciées. Dans ce paysage mouvant, un taux élevé de transaminases ne se décrypte plus d’un simple coup d’œil : il réclame une analyse plus fine, une attention renouvelée sur ce qui se joue derrière une anomalie glissée au détour d’un bilan sanguin.
Comprendre les tests ASAT et ALAT : des indicateurs essentiels pour la santé du foie
Les transaminases, ALAT (alanine aminotransférase) et ASAT (aspartate aminotransférase), sont des balises incontournables pour évaluer la santé du foie. Ces enzymes, mesurées lors d’une simple prise de sang, reflètent non seulement le fonctionnement du foie, mais aussi celui des muscles, du cœur, des reins ou des globules rouges. Le dosage simultané de ces deux enzymes reste le premier réflexe devant un doute sur le foie ou les muscles.
L’ALAT affiche une vraie spécificité : si elle grimpe, c’est le foie qui paie le prix fort. A contrario, l’ASAT, aussi présente dans le foie, se retrouve dans le muscle, le cœur et d’autres tissus : une hausse isolée d’ASAT demande donc un regard plus large, au-delà du foie seul.
Mais une élévation de ces transaminases n’annonce pas systématiquement une maladie hépatique. Plusieurs situations peuvent expliquer ce résultat :
- Activité physique intense : un entraînement soutenu peut provoquer une hausse passagère, surtout pour l’ASAT.
- Médicaments et compléments alimentaires : qu’il s’agisse de paracétamol, de statines ou d’autres molécules, les taux peuvent fluctuer.
- Hépatites virales, maladies métaboliques, auto-immunes ou génétiques : ces troubles se manifestent fréquemment par une élévation persistante de l’ALAT.
Certains symptômes orientent plus nettement vers une atteinte du foie : douleurs abdominales, fatigue, couleur jaune de la peau ou troubles digestifs. L’analyse biologique ne prend tout son sens qu’en croisant ces données avec le contexte clinique ; parfois, une échographie ou des sérologies ciblées s’imposent pour lever le doute.
À partir de quels seuils les transaminases SGPT deviennent-elles préoccupantes en 2026 ?
Les valeurs de référence pour les SGPT (ALAT) bougent à la lumière des études récentes et des recommandations médicales. En 2026, les chiffres généralement retenus sont :
- 6 à 35 UI/L chez la femme
- 8 à 45 UI/L chez l’homme
Un résultat au-delà de ces plages, même chez une personne sans symptôme, doit conduire à examiner attentivement le contexte : mode de vie, traitements en cours, efforts physiques récents, tout compte.
Quand le taux grimpe à 1,5 à 2 fois la valeur maximale normale (soit plus de 70 UI/L chez l’homme, plus de 60 UI/L chez la femme), la situation devient sérieuse si aucune raison évidente n’émerge. Il faut alors systématiquement rechercher une cause, hépatique ou musculaire. Plusieurs pathologies peuvent être impliquées :
- Stéatose hépatique
- Consommation excessive d’alcool
- Hépatite virale
- Médicaments à risque pour le foie
- Affections génétiques comme l’hémochromatose ou la maladie de Wilson
Si des symptômes apparaissent, fatigue persistante, douleurs au ventre, jaunisse,, la réactivité s’impose. Généralement, un nouveau dosage quelques semaines plus tard, associé à des examens complémentaires (échographie, sérologies virales, bilan auto-immun, dosage du fer ou du cuivre), permet d’affiner l’orientation.
Une élévation chronique modérée (moins de 2 fois la normale, sans signes cliniques) est fréquente chez les personnes touchées par le syndrome métabolique ou une stéatose hépatique non alcoolique. Dans ces cas, le principal enjeu consiste à mesurer le risque de fibrose du foie et les complications à long terme qui y sont associées.
Devant une feuille d’analyses, le chiffre ne fait jamais toute l’histoire : il interroge, il alerte, mais il invite surtout à regarder plus loin, à démêler le banal du préoccupant, à ne jamais banaliser l’alerte. Le foie n’a pas son mot à dire, mais ses enzymes, elles, parlent pour lui.


